ATTENTION SPOILER BLUE VALENTINE – réflexions et commentaires

by overyourmind

Blue Valentine est un film dramatique américain, réalisé par Derek Cianfrance en 2010.

Le film a été présenté au Festival de Cannes 2010, dans la catégorie Un certain regard.

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Dean et Cindy sont mariés, ont une petite fille, et aujourd’hui leur couple bat de l’aile. A l’aube de la fin, ils reviennent sur la naissance de leur relation…

Flashback de leur premier amour, visions croisées de leur idylle… Ce film nous livre le passage de l’éden à l’enfer, comme beaucoup de couples doivent arpenter…

Ce qui est frappant, c’est les détails auxquels le réalisateur nous permet de nous attacher. Chaque instant, chaque objet filmé, la moindre scène a fait l’objet d’une étude approfondie. Chaque plan rapproché, chaque image, chaque travelling, chaque déplacement de l’objectif, trouve son sens dans cette histoire. La narration heurte car elle transpose surtout la vision de l’homme, Dean, personnage incarné par Ryan Goslin. Cet acteur marque, personnalité flagrante qui perce l’écran, difficile de ne pas focaliser sur le protagoniste qu’il incarne. Nous avons ainsi, livré sur un plateau d’argent, un coup de foudre masculin, entier, poignant. Au fur et à mesure d’un quotidien presque morbide, des souvenirs d’un bonheur fleurissant viennent assombrir le tableau quotidien. Un homme qui s’accroche à des souvenirs, à cet amour qu’il a promit d’honorer « jusqu’à ce que la mort [les] sépare » ainsi que « pour le meilleur et pour le pire ». Un homme qui, différemment de sa femme, ne voit son bonheur que dans l’accomplissement de sa vie de famille : une enfant qui grandie entourée de ses parents, de quoi se nourrir, de quoi vivre dans une maison, une femme, et de l’eau fraîche. Une femme qui aurait ainsi une toute autre vision du bonheur, focalisant sur une ambition, un développement personnel dans le quotidien, en dehors du travail ou de la notion d’argent, mais s’articulant autour du développement d’un savoir ou d’un savoir-faire.

Est-ce réellement deux visions différentes qui ont dissolu la fusion charnelle qui existait entre ces deux êtres ? Est-ce simplement le quotidien qui est venu à bout de la passion ? Est-ce l’alcoolisme de l’époux éperdu qui a usé l’admiration de sa femme ?

Ce qui est le plus frustrant dans ce témoignage est probablement cet état de questionnement intense dans lequel le générique de fin nous laisse stagner. Mais « pourquoi ? », « comment ? », quels maux exacts peuvent détruire ce qui semblait solidement construit ? Probablement l’interrogation ultime d’un bon nombre de couples qui se déchirent et s’éloignent, de sentiments qui s’effacent, pour telle ou telle raison, sans jamais vraiment pouvoir donner d’explication rationnelle. Car en effet, comment pouvoir rationnaliser une passion ? N’est-ce pas une erreur que de rechercher une démarche cartésienne dans un sentiment qui prend place dans un univers totalement déraisonné ? Parle-t-on de pondération lorsque l’on se dit je t’aime pour la première fois ? Le pense-t-on réellement lorsque ce mot franchi nos lèvres pour la énième fois ?

C’est ici même que tout trouve un sens. Dans cet incompréhensible mélodrame, dans ces blessures irraisonnées, dans ces fins inexpliquées. A-t-on réellement besoin d’un point au bout de chaque phrase ? N’est-ce pas là un simple dictat que chaque plume se voit dans l’obligation de suivre afin d’être lue et comprise ? Comparons-nous ici la passion et la raison, ou voyons-nous seulement naître deux notions d’amour : passionnel d’un côté, raisonné de l’autre. Si la raison s’impose comme antithèse d’une passion, que l’amour en est une et se qualifie en tant que tel, comment justifier un tel oxymore ?

Troublant. Troublant cet état quasi léthargique dans lequel on peut se retrouver plongés après avoir simplement visionné un chef d’œuvre datant d’il y a trois ans. Une envie de hurler « MAIEUUUH ! » lorsque l’écran noir tombe, un peu comme lors de la fin d’Inception (film 2010 de Christopher Nolan). Des yeux en forme de point d’interrogation qui finissent par sécher les larmes d’émoi qui s’écoulaient quelques secondes avant. Mais quoi ? Que reste-t-il de trouble ? En quoi est-ce si difficile d’entendre « parce que c’est comme ça » ? Assoiffés du besoin de comprendre, ou simplement terrifiés par cette vision atterrante d’un avenir possible, il devient difficile de raisonner après avoir ressenti les différentes émotions provoquées par cette œuvre.

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